La Comédie du Vide : Quand la Silicon Valley joue du Shakespeare pour masquer la panne.

Dans un écosystème saturé d’artifices, de rustines logicielles et de promesses futuristes incantatoires, il est urgent de lever le voile sur ce que nous appelons le « Théâtre des Bidouilleurs ». Entre les fausses alertes réglementaires brandies par les géants du numérique et l’agitation frénétique de ceux qui optimisent du vent en trois heures, la réalité industrielle finit toujours par reprendre ses droits.

Loin des projecteurs de la Baie et des incantations en col roulé, la vraie souveraineté ne se décrète pas : elle se forge, elle s’alimente et elle s’assure. Entrez dans la danse.

LA TRAGÉDIE DU GRAND ORDONNATEUR.

(Ou : Beaucoup de bruit pour un octet).

PERSONNAGES :

  • PROSPERO-LA-SILICON : Vieux mage autoproclamé, grand maître des illusions en nuage, très inquiet pour son PIB.
  • CALIBAN-L’ATOME : Le sous-fifre matériel, celui qui extrait, forge, produit et fait tourner les turbines pendant que le maître pérorer.
  • LE CHŒUR DES ETI : Les Sentinelles, impassibles, qui n’ont pas lu Shakespeare mais qui ont vérifié les boulons.

Acte I : L’Appel au Secours (Ou le Théâtre de l’Effroi)

(Sur une estrade en Californie, un projecteur éclaire un magnat en col roulé, les mains sur le cœur, l’œil humide.)

PROSPERO-LA-SILICON (tremblant de composition) :

« Ô âmes égarées ! Prêtez l’oreille ! L’Apocalypse approche ! L’Intelligence Artificielle est un monstre de bas-fonds que nous ne contrôlons plus ! Elle va dévorer nos enfants, supprimer les emplois, piller la terre ! Sauvez-nous ! Régulez-nous ! Vite, signez les chèques et mettez des barrières que seuls mes avocats sauront franchir ! C’est du Shakespeare, je vous dis : Du bruit, de la fureur, et rien au bout ! »

LE CHŒUR DES ETI (depuis les ateliers) :

« Arrête ton cirque, Prospero. Tu as surtout peur que le réseau saute et que l’on découvre que ton grand modèle linguistique ne sait même pas souder une tôle ou alimenter un alternateur. »

Acte II : La Tentation du Veau d’Or.

(Le rideau s’ouvre sur une immense cathédrale de serveurs climatisés. Au centre trône une immense idole en plastique doré qui brille… tant qu’il y a du courant subventionné.)

PROSPERO-LA-SILICON :

« Inclinez-vous devant le Veau d’Or des données ! Donnez-moi vos métadonnées, vos secrets industriels, vos budgets, et en échange, je vous promets le Paradis de l’Autonomie Virtuelle ! Je suis le seul berger de cette vallée ! »

CALIBAN-L’ATOME (s’approchant avec une clé à molette de douze) :

« Dis donc, l’artiste. Ton veau d’or, il fonctionne au charbon ou au vent ? Parce que chez nous, à Sodern ou chez Hemeria, on ne carbure pas aux incantations. La matière, ça se pèse, et le kWh, ça se facture. Ton nuage commence sérieusement à sentir le rance quand la marée descend. »

Acte III : La Comédie des Erreurs.

(Prospero s’agite, convoque ses scribes, publie des livres blancs de 800 pages sur l’éthique des algorithmes, tout en augmentant la facture de ses abonnements de 40 %.)

LE CHŒUR DES ETI (analysant la scène à la loupe) :

« Regardez-les. Ils écrivent des drames psychologiques sur la conscience des robots pour masquer le fait que leurs serveurs chauffent à blanc et que leurs actionnaires s’impatientent. C’est du Molière grimé en Shakespeare : Le Bourgeois Gentilhomme version Start-up Nation. »

Acte IV : Le Dénouement (Marée Basse sur la Baie).

(Soudain, une coupure de courant générale frappe la Silicon Valley. L’estrade s’éteint. Les téléprompteurs s’arrêtent. Le silence tombe.)

PROSPERO-LA-SILICON (tâtonnant dans le noir) :

« Holà ! Où sont mes graphiques de croissance ? Où est ma prophétie ? Le monde s’effondre ! »

CALIBAN-L’ATOME (allumant une loupiote de secours alimentée par un réacteur bien de chez nous) :

« Non, Prospero. Le monde tourne encore, mais toi, tu es juste tombé du piédestal. La fête est finie. Remets ton gilet, prends ton balai, et laisse la place à ceux qui fabriquent du réel. »

Acte V : L’Épilogue (Off the Loop).

(La scène s’éclaircit sur une vue imprenable, bien ancrée, hors d’atteinte du vent de la vallée.)

LE CHŒUR DES ETI :

« Assez de prose tragique pour vendre du vide. L’atome est civil, la souveraineté est matérielle, et les faux prophètes sont priés de ranger leurs accessoires. La pièce est jouée, le rideau tombe… et cette fois, il est blindé. »

(Applaudissements nourris des Sentinelles, pendant que le cabinet valide le contrat d’assurance pour les dégâts causés par la chute de l’idole en plastique.)

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